Consentement et usage sexualisé de drogues

Pour parler de ce sujet sensible, il me semble important de définir le contexte et les termes. La prise de substances psychoactives traverse l’humanité depuis toujours, y compris dans des contextes sexuels. Ce constat ne minimise pas les difficultés éprouvées par certain·es face à l’addiction sans limiter ce sujet à ce seul prisme – réducteur.
Mon approche s’inspire des politiques de réductions des risques sans stigmatisations des utilisateur·ices. Ici, je tiens à parler de ce sujet sous l’angle du consentement, de manière synthétique (car des tas de gens ont écrit bien mieux que moi), et surtout de partager quelques outils concrets aux personnes concernées.
C’est un sujet que vous pouvez aborder en sexothérapie avec moi et sur lequel je continue de me former.

La caisse à outils

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Personnes à suivre sur les réseaux : Zoé Dubus, Paye_ta_rdr, Keps, Drugz, à Toulouse : QueerSexProd

Définitions

Tout d’abord, quelques lignes sur le consentement…
Le consentement recoupe deux volets :

  • la capacité à ressentir ses limites et besoins, savoir ce dont on a envie (endoconsentement). Ce n’est pas juste dire oui / non à une interaction proposé par un·e autre.
  • la capacité à exprimer ces mêmes limites et besoins, c’est à dire se faire comprendre de l’autre dans la finesse des ressentis.
  • Le consentement est grandement influencé : traumatismes, biais de perception, biais cognitifs, dynamiques de pouvoir, scripts sociaux etc. Nous ne sommes pas toustes égal·x face à nos capacités à ressentir et/ou exprimer.

La confiance dans les capacités de consentir de ses partenaires et dans sa propre capacité à consentir est un sujet que j’entends en clinique. Comment savoir ? Il est possible d’observer dans le quotidien. Réussissez-vous à exprimer vos limites dans les différentes sphères de votre vie ? Quand est ce que c’est facile / difficile ? Mieux vous évaluer votre capacité à consentir et celle de vos partenaires et mieux vous serez à l’aise de le faire en État modifié de Conscience.

Le consentement différé : une notion utilisée parfois dans des pratiques BDSM, peut s’appliquer à l’intention d’une prise de produit psychoactif en contexte sexuel. Il semble favorable de poser explicitement les intentions de chaque partenaire lorsqu’une session USD est prévue sans se substituer à la possibilité de refuser une interaction sur le moment. L’utilisation du consentement différé n’a aucune valeur juridique et ne doit pas être un support au dépassement des limites.

L’USD / le Chemsex :

L’usage sexualisé de drogues est un terme englobant les prises de substances psychoactives volontaires dans l’objectif d’avoir des interactions sexuelles (ce n’est pas la soumission chimique ou les substances sont administrées à l’insu des personnes).

Le chemsex désigne la prise de substances psychoactives avec l’intention d’interactions sexuelles dans un contexte socio-politique : en particulier par des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, en utilisant certaines substances (GHB-GBL et NPS notamment), et associé à des rencontres sur des réseaux sociaux.

Les substances psychoactives (SPA) désignent tous les produits pouvant modifier l’état de conscience. Ce terme inclus l’alcool, substance largement consommée dans le monde, les médicaments et les drogues – il fort à dire sur la classification des SPA mais c’est un autre sujet.

Les consentements en états modifiés de conscience

« Le consentement d’une personne n’est pas valide si elle ne sait plus ce qu’elle fait ou si elle est inconsciente. Par exemple, une personne ne peut jamais consentir quand elle est en état de black-out ou de coma éthylique.
Une personne n’est pas automatiquement incapable de consentir à des activités sexuelles dès qu’elle consomme de l’alcool ou de la drogue, même si ses facultés sont affaiblies. Une personne est capable de consentir lorsqu’elle est consciente, qu’elle comprend l’activité sexuelle proposée, qui est sa ou son partenaire et qu’elle a le choix de dire « oui » ou « non ». » Le consentement sexuel Educaloi venant du Canada. Néanmoins, cette définition canadienne passe sous silence les rapports de domination, les dynamiques de pouvoirs et les biais de consentement.

En France, la récente loi sur le consentement rend a priori invalide le consentement en état modifié de conscience: « La personne doit être en pleine capacité de comprendre la nature et la portée de l’acte auquel elle consent. Cette condition couvre les situations dans lesquelles les facultés de discernement de la victime sont altérées comme en cas d’état d’ivresse, de soumission chimique, ou encore de vulnérabilité psychologique ou psychiatrique. Elle s’articule avec l’article 222-22-1 du Code pénal relatif à la contrainte résultant de la différence d’âge ou de la situation d’autorité de l’auteur.« 

Il est difficile d’affirmer de manière binaire que la consommation de SPA invalide toute forme de consentement, notamment parce que cela irait à l’encontre de toute autodétermination et d’agentivité des personnes concernées.

Les moteurs de l’USD

Je cite cet article « Pharmacosex: Reimagining sex, drugs and enhancement » Moyle et al. 2020

« Nos participant·es ont rapporté des modes de facilitations des relations variés et complexes, liés à un large éventail de substances psychoactives. Ils ont décrit une connexion émotionnelle accrue, des sensations corporelles exacerbées, une désinhibition et un désir accrus, mais ont également évoqué l’influence du sexe sur l’expérience des drogues. Les dimensions thérapeutiques de la consommation de drogues, tout aussi importantes mais actuellement négligées dans la littérature scientifique, ne peuvent être facilement distinguées des motivations purement hédoniques. Si les participant·es ont également vécu cette expérience de manière plus difficile, en lien avec la honte, le regret, le risque et/ou le préjudice, ces expériences ont paradoxalement permis l’émergence de pratiques novatrices de gestion des risques, de sécurité et de bienveillance.« 

Il est important quand on parle d’usage sexualisé de drogues de prendre en compte la stigmatisation vécue par les personnes LGBT et comment les usages se développent en réponse au stress minoritaire imposé par la société.

La réduction des risques

La réduction des risques est une approche non-jugeante et individualisée des pratiques. Dire que c’est bien / mal, ça n’aide pas beaucoup en général. L’idée est d’amener de la connaissance et de la conscience avec l’adhésion de la personne et de prendre en compte trois grandes dimensions : l’histoire individuelle, les produits et pratiques et le contexte/environnement de vie.
Des pistes ci-dessous (non exhaustif !) :

  1. Évaluer ses capacités de consentement pour soi-même et la capacité à prendre en compte le consentement de l’autre
  2. Se former au consentement (ateliers, lectures) et aux VHSS
  3. Questionner ses propres fonctionnements, ses biais, ses motivations
  4. Se renseigner sur les substances psychoactives (analyses de produits, effets, durées, doses, mode de consommation, risques, potentiel addictif, interactions, effet sur le désir, effet sur la capacité à consentir etc.)
  5. Définir des cadres de prises moins risqués (avec qui, quand, comment, quoi et pourquoi – set & setting)
  6. Apprendre de chaque situation : analyser quand ça amène du plaisir pour ajuster et éviter de reproduire les situations désagréables
  7. Trouver des espaces d’intégration : groupes de parole, groupes de soutien pour parler de ses pratiques et intégrer les expériences (S’il n’y a rien autour de chez vous, vous pouvez trouver des espaces en ligne)
  8. Mettre en place un cadre sécurisant dans le temps (limites, alerte sur les comportements, correction)

Il y a des ressources dans la caisse à outils (ci-dessus)…. Vous trouverez des brochures, des podcasts, des guides pratiques.

Consulter à propos des pratiques USD

Je ne vais pas mentir, à la fois j’encourage à consulter un·e professionnel·le dès que vous vous questionnez (parfois avant même toute expérience) – de l’autre les professionnel·les avec une approche non-stigmatisante sont rares. Les espaces de santé communautaire sont en général plus accueillants.

  • Vous pouvez m’écrire si vous chercher un espace de santé communautaire à Toulouse – je vous réorienterai
  • Je peux vous accompagner si vous vous questionnez sur votre usage sexualisé de drogues, passé présent ou souhaité
  • J’accompagne la réduction des risques en santé sexuelle en contexte USD
  • Je ne suis pas addictologue et donc je n’accompagne pas l’addiction aux substances hors cadre des sexualités et je proposerai de collaborer avec un·e addicto dès que nécessaire